Contextualisation - Actualisation

Conjugaison relationnelle.

Regarde vers ton passé, et lorsqu’à quiconque – y compris à toi-même – tu as quelque chose à dire, ne confonds pas hier et aujourd’hui. Contextualise et actualise !

Regarde vers ton passé, qu’il soit simple, composé ou bien antérieur à toi. Si tu y vois de l’imparfait inachevé ou de l’impératif trop catégorique, conjugue-le au présent de l’indicatif, pour au moins libérer ton futur (si ce n’est viser le plus-que-parfait). Lorsqu’à quiconque de ce passé tu veux t’adresser ou lorsque tu veux changer quelque chose, veille à bien différencier ce qui est et ce qui a été. Pareil pour toi : ne confonds pas ce que tu as été, ce que tu es et ce que tu deviens.

Pour ne pas confondre le présent et le pasé… Pour rétablir une relation juste lorsqu’il y a eu blessure…

Pour donner de la cohérence et de la clarté aux démarches symboliques… Pour remettre les faits dans leur contexte historique, laisser dans le passé ce qui appartient au passé et actualiser ce qui est dépassé pour se libérer et avancer dans un présent renouvelé, ouvert sur les possibles d’un avenir à inventer.

L’actualisation et la contextualisation appliquées aux démarches symboliques sont deux manières de dire et de faire qui rendent les démarches symboliques plus cohérentes et relationnelles. Elles sont utilisées pour différencier le présent du passé, la personne que nous sommes et celle que nous avons été, celle à qui nous nous adressons à un moment donné et celle que cette personne a été…

Parce que les relations avec les autres et avec soi-même sont vivantes, parce qu’elles ont une durée de vie, une histoire, elles s’inscrivent dans le temps, elles changent et évoluent. L’actualisation et la contextualisation tiennent compte de ce rapport au temps qui passe.

L’actualisation et la contextualisation aident

  • à baliser le contenu d’un mot d’accompagnement lors d’une démarche symbolique de restitution de violence reçue

  • ou à se positionner lors d’une démarche symbolique de renoncement à une auto-injonction.

La contextualisation correspond au regard porté du présent vers le passé. Elle consiste à situer un événement dans le contexte historique de sa survenue ou de son déroulement, à l’âge qu’avaient les personnes concernées. Lorsqu’on s’adresse à quelqu’un, elle sert à nuancer le propos que l’on tient, en différenciant le présent et le passé révolu, même si ses effets sont encore très vivaces en nous.



« Je m’adresse à l’homme/la femme que vous étiez il y a 10/20 ans… au nom de la petite fille/du petit garçon que j’étais à ce moment-là »

« Je te parle aujourd’hui maman, alors que je suis une adulte mais ce que j’ai à te dire concerne la jeune mère que tu étais à l’époque de mes 5 ans… »

« C’est à l’homme que tu es devenu aujourd’hui, papa, que je m’adresse, mais pour parler de quelqu’un que tu as été. Un homme de trente ans qui, parce que je m’étais maquillée, à treize ans, pour sortir avec des amis, m’a traitée de putain et d’immature. Et qui, criant ainsi après moi m’a donné le sentiment que j’étais mauvaise et condamnable. C’est l’adolescente silencieuse qui s’était enfermée ainsi dans le non-dit, qui te rend la violence reçue avec ce mot de putain, qui m’a si longtemps blessée »
Jacques Salomé, « La symbolisation ou Comment poser des actes symboliques qui peuvent contribuer au développement de la personne, Revue Terre du Ciel, juin-juillet 1995)

 



L’actualisation situe un propos dans l’actuel du présent, elle place l’échange dans l’ici et maintenant, même si son contenu porte sur des enjeux qui se sont joués/noués à partir de ce que nous avons été par le passé.

« C‘est l’homme/la femme que je suis aujourd’hui qui entreprend cette démarche »

L’actualisation décrit un mouvement qui va du passé vers le présent. Elle se réfère à des faits inscrits voire figés dans ce passé que l’on revisite dans l’après-coup. Elle ouvre à un repositionnement de vie.

Comme on mettrait un terme à un contrat qui n’a plus de raison d’être, l’actualisation permet de renoncer à une auto-injonction mais aussi de revisiter et d’actualiser une décision, de déposer une mission de fidélité, de résilier un pacte invisible passé avec nous-même et devenu trop aliénant. L’actualisation aide à se libérer d’engagements moraux, de croyances et de loyautés qui ont fait leur temps. Par exemple, ce témoignage.

« Je faisais jusqu’à présent comme si j’avais dû payer une dette morale à ma sœur décédée… jusqu’à la fin de mes jours. Je découvre que je peux m’en acquitter par une démarche symbolique et que je ne suis pas obligée de m’empêcher d’être heureuse parce qu’elle n’est plus de ce monde pour « profiter » de la vie. J’ai détesté cette expression « profiter de la vie » et je me suis interdit tout ce qui pouvait s’apparenter à ce genre de plaisir. Je décide qu’aujourd’hui est le premier jour de ma vie à venir dans cette liberté d’être que je sais maintenant pouvoir conquérir… »


Les loyautés

« Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.

Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.

Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »
(Delphine de Vigan, Les loyautés, Jean-Claude Lattès, 2018)