Principales démarches symboliques

Apprendre à symboliser est une démarche de formation qui permet à chacun d’être ou de devenir son propre agent de changement.
Il y a ce qui nous est arrivé et ce que nous faisons ou continuons à faire de ce qui nous est arrivé.
Les actes symboliques comme les démarches du même nom ouvrent sur des chemins de construction de soi, de réconciliation avec soi-même, avec les autres et avec son passé car si nous ne pouvons pas changer notre passé nous pouvons changer notre relation à ce passé.

« Introduire du symbolisme dans sa vie c’est avant tout donner une place à l’imaginaire, à l’intuition, aux vibrations subtiles qui parcourent le monde. C’est aussi agrandir l’éventail de nos possibles. » (Jacques Salomé)
« Conte pour l’initiation à une démarche symbolique
Donnez-moi un symbole et je soulèverai quelques-uns des mystères du monde, je relierai l’infini de l’imaginaire aux horizons multiples de la réalité. C’est avec des symboles que nous pouvons accéder aux dimensions plus cachées de notre être. » (Jacques Salomé, Contes d’errances Contes d’espérance, 2007)


Qu’entendre par symboliser ?

« […] quand une situation est figée ou enkystée au niveau de la réalité, il est toujours possible de la débloquer par une démarche symbolique. » (Jacques Salomé, Le courage d’être soi, 1999)

Les symbolisations désignent l’ensemble des actes symboliques que nous pouvons créer, déposer et introduire dans les relations qui sont pour nous les plus significatives.  
Les symbolisations permettent de ne pas entretenir le ressentiment, la rancœur ou les passages à l’acte face à une relation insatisfaisante. Elles permettent de se réunifier, de se réconcilier avec soi-même, avec les autres et avec les forces vives de la vie.

Principales démarches possibles

  • Restituer » une violence reçue (morale, verbale, physique, sexuelle)
  • Reprendre une violence déposée (morale, verbale, physique, sexuelle)
    si l’autre accepte de la rendre
    Sinon, quand l’autre refuse, prendre soin de sa propre demande
  • Prendre soin 
    d’un désir  
    d’un sentiment
    d’un besoin
    d’une somatisation
  • Achever une situation inachevée
  • Renoncer à une auto-injonction, une mission, une fidélité etc.

Poser des actes symboliques ou pratiquer des démarches symboliques est loin de se réduire à appliquer des recettes ou des techniques à prendre au pied de la lettre. Une formation ou un accompagnement s’imposent dans de nombreux cas pour se familiariser avec le savoir-être de la Méthode ESPERE®, s’imprégner de son esprit et à partir de là, saisir les nuances et les enjeux propres aux symbolisations. Les exemples qui suivent n’ont valeur que d’illustration.

Parce que prendre conscience ne suffit pas…

« Beaucoup de personnes pensent qu’il suffit de prendre conscience d’un problème, de s’exprimer, d’écrire une lettre imaginaire ou de transférer les sentiments négatifs ou positifs sur la personne d’un thérapeute pour dénoncer des injustices, calmer les conflits ou apaiser les ressentiments… D’autres, au contraire, invoquent la nécessité et les bienfaits du pardon. Le pardon diminue considérablement les ruminations et atténue le comportement défensif… chez celui qui le donne ou le propose. Pour moi, et je sais combien je risque de heurter la sensibilité et les croyances de beaucoup, le pardon représente en quelque sorte, l’équivalent d’une sorte d’escroquerie à l’égard de soi-même. Il déculpabilise le violent mais laisse la violence chez celui qui l’a reçue. » (Jacques Salomé, « A propos de la symbolisation », Terre du Ciel, juin-juillet 1995)

Il en va, - bien que dans une moindre mesure -, des excuses comme du pardon : elles laissent la violence chez celui ou celle qui l’a reçue, sans compter que les excuses sont bien souvent énoncées platement, par habitude, comme de pures et simples formalités, parce qu’il le faut, parce que ça se fait, ou pour répondre à une injonction : « Vas présenter tes excuses à ton frère/t sœur/ta camarade ! »

Restituer des violences verbales

« La violence des mots
Il arrive parfois aux mots d’être détournés de leur sens. Quand ils sont porteurs d’une intentionnalité maligne, quand ils visent à déstabiliser, blesser, ou à simplement provoquer, susciter chez l’interlocuteur du réactionnel, quand ils sont eux-mêmes violentés, alors, nous l’avons tous éprouvé un jour ou l’autre, directement ou indirectement, ils peuvent meurtrir, sinon détruire une personne.
C’est vrai qu’il est rare de voir les mots tuer directement, mais ils peuvent pousser à tuer ou à se tuer, sinon à blesser durablement. 
[…] il est nécessaire d’apprendre à apprivoiser les mots, de les protéger contre un usage destructeur, et parfois aussi d’oser les restituer à ceux qui les déposent sur nous, quand nous sentons qu’ils ne sont pas bons ou qu’ils peuvent devenir toxiques. » (Jacques Salomé, Et si nous inventions notre vie, 2006)

Principes de base de la démarche de restitution de violence

« Rendre » dans le sens de restituer une violence, c’est entreprendre une démarche symbolique qui consiste à « rendre » la violence reçue, à l’extirper, à l’expulser, à la faire sortir de soi. Pour le dire de manière imagée, une violence reçue s’inscrit en soi et y demeure comme un corps étranger autour duquel se développe une inflammation. Il s’agit de pratiquer une sorte d’opération chirurgicale symbolique qui consiste à retirer ce corps étranger et non pas de régler des comptes selon la loi du talion ni de déverser sa propre violence sur l’autre. Il s’agit d’entreprendre une démarche de restauration personnelle, de réunification, de restructuration des différentes parties de soi parfois brisées, éclatées et dissociées par un traumatisme. Et donc de « rendre » dans le sens de rendre à César ce qui est censé lui appartenir : sa violence.

Les démarches symboliques ESPERE s’appliquent à toute une variété de vécus personnels, que les faits soient récents, actuels, qu’ils soient anciens et présents à la mémoire ou qu’ils soient passés et qu’ils ressurgissent après avoir été amnésiés. Que l’auteur des faits soit toujours vivant, identifié, joignable ou atteignable ou qu’il soit mort, inconnu ou inatteignable.

Pour restituer une violence (physique, morale, sexuelle)

  • Prendre conscience de la violence reçue (ce que ça m’a fait) en la différenciant de la violence faite (ce qui a été dit ou fait).
  • Ne pas confondre ce qui se passe chez l’autre, ce qui part de lui (quel·le·s que soient ses intentions ou ses mobiles) et ce que je reçois sous forme d’impact qui me fait violence.
  • Ne pas confondre non plus la violence reçue avec ce que je produis ou entretiens moi-même à l’intérieur de moi en réponse à cet impact. Je ne peux rendre à l’autre que ce qui lui appartient : ses paroles humiliantes, ses regards noirs, ses gestes intrusifs etc. Je ne peux pas lui rendre les sentiments que je suis seul·e à produire : la haine, la colère, la rage, l’indignation, la tristesse etc. (autant de sentiments qui font généralement suite à la violence reçue).
  • Renoncer à accuser ou à mettre l’autre en cause, lâcher le ressentiment lié au préjudice ou à l’humiliation subie et tenter de reconnaître ce qui est touché en soi au travers des paroles entendues ou du comportement subi.
  • Se responsabiliser en entreprenant une démarche active, engageante dans la réalité, se donner les moyens de faire quelque chose pour soi.
  • Symboliser la violence reçue en choisissant ou en fabricant un ou des objets significatifs qui la représentent et qui font sens. Par exemple symboliser la violence des coups reçus par la photo d’un poing découpée dans un journal, la violence sexuelle par un phallus fabriqué en pâte à sel, la violence morale imposée par des injonctions au silence en utilisant une poupée à la bouche scotchée.
  • Rédiger un mot d’accompagnement à l’intention de l’auteur des violences physiques ou des mots blessants, en précisant qu’il s’agit d’une démarche symbolique. Veiller à l’écrire sur le mode du témoignage en évoquant son ressenti, en parlant de soi (ne pas accuser ni reprocher), en actualisant et en contextualisant les faits (dire par exemple : « La petite fille que j’étais s’adresse à l’homme que tu étais il y a dix ans et elle lui rend la violence qu’elle a reçue à l’époque ».) Voir Contextualisation – Actualisation dans Utiliser des outils pour communiquer. 
  • Envoyer ou remettre ce ou ces objets (accompagné·s du mot écrit), à la personne concernée, par tout moyen envisageable. Le/les déposer, le/les enterrer en un lieu significatif s’il s’agit d’un·e inconnu·e (lieu du viol par exemple) ou décédée (sur sa tombe dans ce cas) »
    (D’après Jacques Salomé et Maryse Legrand, Se dégager des maltraitances, Revue L’école des parents, juillet/août 1996)

Un dernier recours : rendre des violences à un(e) inconu(e) par voie de presse

En 2007 une annonce paraissait dans le journal Libération du 19 mars :

« Je me fais le porte-parole de la petite fille que j'étais cet hiver 82 ou 83. C'était dans l'escalier d'un immeuble, rue de Vaugirard. J'ai pris venant de vous ces mots :
"ouvre la bouche et ferme les yeux". Je vous les rends ainsi que toutes les paroles venant de vous. Je vous rends aussi votre comportement qui a représenté une grande violence pour moi pendant toutes ces années où je me suis laissé vivre "souillée". Ce sont bien vos mots, votre agression sur mon corps de petite fille. Je vous rends tout cela pour redevenir la jeune femme libre, lumineuse et pleine de discernement que je suis. AG »

Pouvoir publier une annonce dans la presse pour s’adresser à un agresseur inatteignable, à un(e) inconnu(e) disparu(e) dans la ville ou dans la nature, sans visage ni nom, est parfois la seule et ultime démarche envisageable pour sortir du silence en lançant un appel, comme une bouteille à la mer. Un simple encart sur une page de journal peut alors devenir un petit espace du monde, le seul envisageable pour y inscrire un message, y déposer une parole en quête d’espoir.

Il y avait déjà eu de telles annonces dans la presse dans les années 1990.

« Je restitue à la personne qui a assassiné mon plaisir quand j’étais petite, toute la violence que j’ai reçue. Je me libère. Annie »

« Message à l’inconnu qui m’a attouchée dans le métro, je vous renvoie votre violence. »

La nouveauté en 2007, c’est que cette information a été relayée sur les ondes radiophoniques. Le chroniqueur Guy Carlier en a parlé lors de sa carte blanche matinale à France Inter. Devant des millions d'auditeurs, il a présenté l’annonce parue dans Libération comme un exemple « d'espoir en la vie ».