Identifier le système SAPPE

Identifier le système SAPPE

Le système SAPPE et les conduites antirelationnelles

Le système SAPPE désigne le système qui domine dans la plupart de nos échanges et qui entretient des communications insatisfaisantes pour beaucoup d’entre nous.

Nous vivons, sans en être conscients, dans un univers souvent antirelationnel basé sur une pseudo-communication. Ce système sévit dans tous les domaines de la vie relationnelle et de manière plus subtile dans les échanges intimes.

Le système SAPPE remonte à la nuit des temps. Il se transmet de génération en génération. Il est entretenu presque naturellement et avec les meilleures intentions : l’enfant entend parler les adultes qui le pratiquent, qui l’ont eux-mêmes entendu en tant qu’enfants… de leurs parents ou des adultes de leur entourage proche. Il commence à se propager au sein de la famille et se déploie dans tous les secteurs de l’existence et à tous les âges de la vie.

Il est constitué de « petites phrases qui habitent encore nos mémoires d‘adultes et plus encore, la mémoire de nos corps et de nos cellules. Distillées au long des jours de notre enfance, en perfusion à dose homéopathique ou en injections de rappel, ou encore lâchées dans des moments d’irritation, d’énervement ou de colère, elles nous ont pénétrés, nous ont imprégnés au point qu’elles paraissent parfois sculpter notre personnalité.

Sibyllines ou assassines, douces ou amères, despotiques ou d’apparence libérales, souvent enrobées des meilleures intentions du monde et pétries de bons sentiments, c’est l’ensemble de la situation et le contexte de leur énoncé qui en définissent l’impact et la portée. »

Dans SAPPE entendre

S comme Sourd
A comme Aveugle
P comme Pernicieux
P comme Pervers
E comme Energétivore

Le système SAPPE est reconnaissable à 5 pratiques courantes

  • L’injonction
  • La menace
  • La dévalorisation ou la disqualification
  • Le chantage par pression morale ou affective
  • La culpabilisation

Le maintien des rapports dominant/dominé entretenus soit par des systèmes culturels, soit par des systèmes économiques, participe aussi du système SAPPE.

La répétition de ces conduites consomme/consume beaucoup d’énergie dans l’économie relationnelle.

Le système SAPPE contribue à dominer, à manipuler, à maintenir des relations de contrôle et de mises en dépendances.

Les 5 piliers du système SAPPE

L’injonction : « Fais pas ci ! Fais pas ça ! »

Comme le dit Jacques Dutronc dans sa chanson : « Fais pas ci. Fais pas ça ! Viens ici, mets-toi là, attention prends pas froid ou sinon gare à toi, mange ta soupe, allez, brosse toi les dents, touche pas ça, fais dodo, dis papa, dis maman »

Au-delà de ces impératifs il y a les Tu devrais, tu ferais mieux de… Sois comme ci, pas comme ça, sois comme je voudrais que tu sois…

L’auto-injonction est une injonction que l’on s’adresse à soi-même.

« Je dois » « Il faut que je… » « Je devrais »

La menace réelle ou fantasmée

Les menaces peuvent être directes ou indirectes (vis-à-vis de l’autre)

Vis-à-vis de soi elles prennent la forme de la répression imaginaire  qui consiste à s’empêcher de dire ou de faire quelque chose en pensant à la place de l’autre, en imaginant ce qu’’il va dire, faire, ne pas dire, ne pas faire…

« Si tu n’es pas couché dans cinq minutes, tu vas voir ce qui va t’arriver ! »

« Tu n’écoutes jamais rien, tu verras plus tard ! »

« Si tu n’écris pas mieux, jamais on ne te fera confiance dans ton travail ! »

Menace envers soi

« Si mon chef voit ça, je vais me prendre une de ces avoinées ! »

« Si je ne fais pas ce qu’il veut, il va me planter là ! »

« Je suis bien obligée de faire ce qu’elle me demande, si je n’accepte pas elle ne me parlera plus, elle va me laisser tomber ! »

La disqualification ou la dévalorisation

La disqualification et la dévalorisation peuvent tout aussi bien atteindre l’autre que s’adresser, par retournement, à soi-même.

Quand elles visent quelqu’un, elles cherchent à le toucher avec l’idée que la remarque va le bousculer, le faire réagir et le contraindre à modifier son comportement dans le sens de nos attentes. La comparaison et le jugement de valeur, souvent utilisés dans ce but, produisent un effet inverse de blocage car ils blessent, humilient et incitent à rentrer dans un trou de souris, à bouder, quand elles ne déclenchent pas de l’agressivité ou une pseudo-adaptation de surface sous forme de tendance à se justifier.

« Prends exemple sur ton frère, on n’a pas besoin de lui demander trois fois la même chose à lui ! »

« Regarde le cahier d’Oscar, comme il est bien tenu, il ne fait jamais de ratures, lui ! »

La culpabilisation

Elle prend des formes diverses et variées. Elle peut passer par des accusations, des comparaisons, des plaintes, des mises en demeure…

  • Des accusations :
    « À cause de toi, après ton échec, ton père est tombé malade »
  • Des comparaisons :
    « Ton frère, lui… » / « Ta sœur, elle… »
  • Des plaintes :
    « Après tout ce que j’ai fait pour toi »
  • Des mises en demeure :
    « Tu aurais pu penser à nous avant de faire ça. Ton frère, lui, jamais il n’aurait… »

La culpabilisation retournée en autoculpabilisation

« Si j’avais été là, ça ne serait jamais arrivé. Je peux faire tout ce que je veux, je n’y arriverai jamais »

Le chantage

Le chantage est une tentative de faire pression, d’exercer une influence sur le comportement de quelqu’un. Il n’y a chantage qui marche et qui dure que si un « maître chanteur chante » et que l’autre s’y soumet par peur des conséquences brandies ou par attrait pour la promesse de récompense annoncée.

« Si jamais tu épouses cette femme, dont on ne sait même pas l’origine, tu ne seras plus notre fils ! »

« Si tu travailles bien à l’école, tu auras des nouvelles baskets »

Les rapports dominant/dominé.

Ils sont maintenus dans le système SAPPE par une répartition figée des positions d’influence qualifiées de hautes ou basses.

Trop souvent, dans une relation intime ou professionnelle, l’un des protagonistes s’approprie la position haute, cherche à la garder et y parvient avec la collaboration plus ou moins consciente de celui ou celle qui se voit assigné·e à la position base.

Maintien des rapports de force
Luttes de pouvoir

Qui domine l’autre ?
Qui a l’initiative ?
Qui est le demandeur ?
Qui a le dernier mot ?
Qui influence le plus l’autre, ou le plus souvent et dans quels domaines ?
Qui s’arrange pour ne jamais demander ?
Qui donne le ton, qui instaure le climat, qui influe sur l’atmosphère d’un échange ? Qui mène le jeu ?
Qui manipule le plus habilement ?
Qui se montre toujours le plus faible ?
Qui invoque toujours la puissance de l’autre ?
Quel accord y a-t-il sur la définition de la relation ?

Jacques Salomé et Sylvie Galland, Les mémoires de l’oubli, 1984

Les effets du système SAPPE

Les pratiques courantes de ce système produisent leur lot de

= Souffrances
A = Aliénations
P = Pathologies banales ou plus structurées
P = Problèmes
E = Ennuis (ou dit autrement et trivialement = Emmerdements)

Plus concrètement le système SAPPE produit à plus ou moins long terme

  1. Tensions, conflits, frustrations
  2. Usure et dévitalisation qui stérilisent des relations pourtant vitales.
  3. Non confiance en soi
  4. Doutes
  5. Dépendances
  6. Réactions de soumission, d’opposition, de fuite
  7. Violence, autoviolence
  8. Non amour de soi
  9. Non remise en question de soi
  10. Dénonciation de l’autre, des autres, du système social ou au contraire ajustement conformiste aux autres, aux pressions de l’environnement.

Le système SAPPE perdure en s’appuyant sur

  1. La non-implication
  2. La mise en cause ou l’accusation systématique de l’autre
  3. Le fait de rester dans les généralisations, sans s’impliquer ni témoigner
  4. La tendance à poser de fausses questions
  5. La communication indirecte
  6. Les procès d’intention et la suspicion

Cet inventaire des principales pratiques qui pérennisent le système SAPPE a surtout pour but de les identifier pour veiller à ne plus les entretenir à ne pas y collaborer… en s’appuyant le plus possible sur les repères de la Méthode ESPERE®

Maryse Legrand, d’après

  1. un document de travail de Jocelyne Brocco, formatrice de formateurs ESPERE (Pau, France),
  2. un texte de Christine Leduc, formatrice de formateurs ESPERE (Guingamp, France) dans « Proposition de socle commun du contenu de la formation ESPERE », mai 2013)
  3. et des extraits de
    T’es toi quand tu parles, Jacques Salomé, 1991
    C’est comme ça, ne discute pas, Jacques Salomé, 1996

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Novembre 2018