Ne dis rien

La part sombre de ce que nous appelons l’amour
chronique illustrée à partir du film "Ne dis rien"


Fête du cinéma
Vingt ans après sa création par Jack Lang, en 1985, la Fête du cinéma fait toujours autant d'émules. Avec 1,5 million de billets vendus à la fin de la première journée, dimanche 27 juin, soit une hausse de 60 % par rapport à 2003, la manifestation enregistre son plus grand succès depuis dix ans. (Article paru dans Le monde du 28 juin )

Avertissement
Je sais que la tendance actuelle est au court, au bref, au tout azimut, au souci d’efficacité et à la tendance à zapper facilement. Je ne sais pas faire court, ni bref etc. avec la complexité des relations humaines. J’aime les « fêtes de la pensée », tout ce qui me stimule, me déloge de mes certitudes et me donne le goût d’aller plus loin, plus près, plus profond ou que sais-je, dans la découverte des autres et de moi-même. Cette présentation sera un tantinet développée sans prétendre bien entendu, faire le tour de la question.

Séquence cinéma
Un film sort en France le 7 juillet 2004 sur le thème des violences conjugales : Ne dis rien. Je me propose de le présenter brièvement ici.
Puis je dirai quelques mots du livre que Jacques Salomé a écrit sur ce thème en novembre 2003. : Et si on en parlait…Trouver une issue à la violence conjugale.
Je prolongerai cette chronique par une série de définitions qui me paraissent bien utiles pour la constitution d’un vocabulaire de base commun. Elles sont extraites du rapport du 17 juillet 2002 du Conseil de l’Europe sur les violences domestiques qui a son propre site (Commission sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes ).
Je ne conclurai pas vraiment. J’ouvrirai plutôt le débat sur quelques propositions symboliques et des idées que je sème et puis sur des références bibliographiques pour les enfants.

J’ai entendu Iciar Bollain la réalisatrice espagnole de « Ne dis rien » parler de son film sur les ondes ( France Inter dans l’émission Cosmopolitane de Paula Jacques le 27 juin 2004). J’ai perçu dans cette interview une rare justesse de ton, une exceptionnelle lucidité et une remarquable profondeur d’analyse de ce sujet si complexe et délicat à aborder, celui des violences dans le couple. Sans avoir vu ce film j’ai déjà eu envie d’en parler.
« Ne dis rien » est le titre choisi par le distributeur français. En espagnol la métaphore est plus évocatrice « Te doy mis ojos ». Elle signifie littéralement « Je te donne mes yeux » en référence à un passage du film, où le héros principal, Antonio, part à la recherche de sa femme qui s’est enfuie du domicile conjugal. Il lui dit qu’elle est son soleil et, qu’il lui a donné ses yeux.
En écoutant l‘émission Cosmopolitane, j’ai noté quelques propos tenus par Iciar Bollain, la réalisatrice de ce film qui m’ont suffit à sentir sa sensibilité. Je les ai réécoutés sur le site de France Inter pour écrire cette chronique. J’en rapporte quelques passages ici.
En substance elle dit :
« En tout cas, ce que m’ont raconté les gens qui m’en ont parlé, c’est que le problème va bien au-delà de la simple violence masculine. Il s'agit surtout de savoir comment nous vivons ensemble, quels types de relations nous entretenons, comment nous nous traitons les uns les autres, quelle compréhension nous avons de ce qu’est l'amour. Sert-il à contrôler l'autre, à le dominer ou bien à lui permettre de grandir, et s'épanouir ? Donc, mon film ne traite pas que de la violence. Il aborde énormément de choses sur la notion de couple, qui peuvent toucher beaucoup de gens et dans lesquels ils peuvent se reconnaître. »
« Ce que j'ai compris est assez complexe mais d'abord et avant tout qu'on ne doit pas juger les femmes battues trop durement, et surtout, ne pas les obliger à se séparer de leurs hommes. Le mieux qu'on puisse faire pour elles c'est surtout de les aider à comprendre ce qui se passe en elles, ce qui se passe dans leur relation. Les aider à trouver là où elles se sont trompées et qui elles sont vraiment. »
« Il n'y a pas de frontières en matière de violence et cela n'a rien de surprenant puisque tout est affaire de pouvoir. À savoir : qui détient ce pouvoir ? Beaucoup de gens sont dans des relations de pouvoir, ce qui veut dire que tout spectateur de ce film peut s'identifier aux deux personnages principaux : l'homme et la femme. »
« Ce qui m'a le plus intéressée dans le fait de rendre compte de cette histoire-là précisément - plutôt que d’autres histoires qui avaient plus directement à voir avec des faits de torture où les sentiments n'interviennent pas -, c'est que dans tous les couples où l'homme bat sa femme, il y a toujours de l'amour même si ce qu'ils appellent «l'amour » n'en est pas vraiment. C'est-à-dire que par exemple dans mon film, on ne peut pas dire que l'homme n'aime pas sa femme mais il l'aime mal, de façon sombre, possessive et négative. Donc on peut même se poser la question : "Est-ce que c'est de l'amour ?" et la réponse serait : "Probablement pas." En tout cas, il la veut et ce vouloir est mutuel. Elle aussi elle le veut et ce n'est finalement que lorsqu'elle réalise que son homme ne la laissera jamais être qui elle est, qu'elle rompt avec lui. Au fond, c'est ce qui m'a le plus surprise au cours de mes recherches : découvrir que ces couples étaient fondés sur la part sombre de l'amour. »

Je précise que ce film résulte d’un véritable travail de recherche.

Dans une interview que j’ai pu lire, depuis, en navigant sur la toile électronique, j’ai découvert des précisions à ce sujet. Et j’ai mieux compris ce coup de cœur que j’ai eu d’emblée.

• Quelles recherches avez-vous entreprises, avez-vous travaillé à partir de témoignages?
• Nous nous sommes beaucoup documentées, nous avons consulté de nombreux spécialistes, nous avons aussi eu l’occasion de participer à des thérapies de groupe et recueilli un certain nombre de témoignages. Mais nous avons surtout rencontré Enrique Echeburùa, psychologue à l’Université (Pays Basque), un des pionnier en Espagne en ce qui concerne la violence conjugale. Les scènes de thérapie dans le film sont directement inspirées de ses travaux.

Plus loin :
• Il y a quatre ans, avec Alicia Luna, ma co-scénariste, nous avions déjà abordé le thème de la violence conjugale dans un court-métrage intitulé Love that kill (amores que matan). Mais nous nous étions focalisées sur les agresseurs plutôt que sur leurs victimes.

Et aussi
• Au fur et à mesure que nous avancions dans nos recherches, nous avons découvert que l'une des raison fondamentale pour laquelle la relation durait était que les femmes ont toujours l'espoir que l'homme change.

J’ai été touchée par les « affinités » de pensée que j’ai perçues avec ma propre perception de ce problème. J’ai aussi repéré de nombreux points communs avec l’esprit de la Méthode ESPERE® et les propositions de Jacques Salomé. J’en veux pour preuve cette métaphore « tauromachique », à l’espagnole, du couple, qui figure dans le livre de l’auteur. Une page blanche est laissée à la fin de l’ouvrage à l’appréciation de Monsieur, une à droite est réservée pour Madame, avec en haut et pour chacun d’eux, la possibilité de remplir la rubrique : « Mes impressions ». Je précise que les illustrations sont de Jean Augagneur.

Brève présentation du film
Titre français : « Ne dis rien »
Titre original espagnol : « Te doy mi ojos »
Genre . Drame.
Durée : 1h 46mn
Date de sortie : 07 juillet 2004 pour la France
10 octobre 2003 pour l’Espagne
Avec : Laia Marull (Pilar), Luis Tosar (Antonio), Candela Pena (Ana), Rosa Maria Sarda (Aurora), Kiti Manver (Rosa), Sergi Calleja (Thérapeuthe) Dave Mooney (John), Nicolas Fernandez Luna (Juan) Elisabet Gelabert (Lola) Chus Gutierrez (Raquel) Elena Irureta (Carmen)
Photographie : Carles Gusi
Musique : Alberto Iglesias
Montage: Ángel Hernández Zoido
Production : Santiago García de Leániz
Direction artístique : Víctor Molero
Réalisé par Iciar Bollain

Née à Madrid en 1967, Iciar Bollain est aussi comédienne. Elle a débuté dans le cinéma dès l'âge de quinze ans comme protagoniste dans le film El Sur de Victor Erice. Elle a travaillé ensuite comme actrice dans une douzaine de longs métrages avec des réalisateurs tels que Felipe Vega, Chus Gutiérrez, Juan Bollaín, et plus récemment avec Ken Loach dans Land and Freedom dont elle a été la principale interprète

Elle a réalisé deux courts métrages : Baja corazón (1993) et Los amigos del muerto (1994).

En 1995 "Hola, estas sola ?" « Salut ! Tu es seule ? » est le premier long-métrage qu'elle écrit et réalise. Pour ce film elle est récompensée lors de la 40ème Semaine Internationale de Cinéma de Valladolid, par le Prix du Meilleur Réalisateur, le Prix du Public, ainsi que la Mention Spéciale du Jury de la Jeunesse. Il a été présenté au Festival de Montpellier en 1996.

Son deuxième long-métrage "Flores de otro mundo", sélectionné en 1999 au Festival de Cannes obtient le Grand Prix de la Semaine Internationale de la Critique.

"Ne dis rien", est son troisième long-métrage, et il a reçu en Espagne le Goya 2004 pour : Meilleur Film - Meilleur Réalisateur - Meilleure Interprétation masculine et féminine - Meilleur Second Rôle Féminin - Meilleur Scénario Original.

Le film a rencontré un énorme succès lors de sa sortie en Espagne, c'était la première fois qu'était ainsi abordé par le biais de la fiction, un phénomène social qui frappe l'Espagne plus que tout autre pays européen : les femmes battues dans leur couple.

En France il obtenu le prix du Festival International de films de femmes de Créteil.

Synopsis : par une nuit d'hiver, une jeune femme, Pilar, s'enfuit de chez elle en emmenant son fils Juan.. Antonio, son mari, la poursuit, veut la ramener à la maison, lui promet de changer, de ne plus être violent. Rien n'y fait. Pilar a pris sa décision. Il va alors tenter de la reconquérir et de maîtriser ses accès de colère qui immanquablement débouchent sur de la violence physique. Thérapie de groupe, retour sur soi, Antonio veut guérir. Mais pendant ce temps, Pilar va trouver loin de son mari un nouveau sens à sa vie.

« Ce film intimiste, dépouillé et intense pose subtilement les rapports de force existants dans un couple déchiré par la violence. Le film tout en finesse et en suggestion esquisse la vérité intime de chacun des protagonistes et ce qui se joue entre eux. Au-delà de leurs problèmes spécifiques, c’est toute la thématique des violences conjugales qui est mise en lumière sans à priori et sans jugement, renvoyant à des questions plus générales et par voie de conséquence à nos vécus individuels. Pourquoi une femme choisit-elle de rester aux côtés d’un homme qui la bat pendant près de 10 ans ? Pourquoi ne part-elle pas ? Pourquoi certaines continuent de croire qu’elles sont toujours amoureuses ? Qui est cet homme ? Pourquoi n’existe-t-il pas de profil du mari abusif ? Et pourquoi ces hommes malmènent-ils des années durant celles qu’ils avouent aimer par-dessus tout ? »

Cette présentation figure sur le site d’Amnesty Interntional. Le film va être présenté en septembre à Bruxelles. En consultant des sites, je constate que des projections ont déjà été proposées en avant-première dans quelques villes. Elles ont généralement été suivies de débats. Je me réjouis de cette mise en circulation de la parole et du travail silencieux de la pensée autour et à partir de ce thème.

« Ses efforts [ceux d’Antonio] à contrôler sa violence sont sincères, et l'on ne souhaiterait qu'une chose, c'est qu'il réussisse. Les scènes du groupe de thérapie auquel il assiste sont des bijoux de tragi-comédie. Purs fruits du machisme espagnol, ces hommes sont forcés pour la première fois de leur vie à formuler leurs émotions. Le résultat vaut la peine d'être vu. » Propos de Yann Tonnar recueillis sur la toile électronique après la présentation du film le 10 juin 2004 en ouverture du Festival du cinéma espagnol au Ciné Utopia au Luxembourg. Présentation organisée en collaboration avec le Ministère de la promotion féminine, l'Association Femmes en détresse, le Planning familial, le Centre Català, le service de consultations pour hommes violents et l'ambassade d'Espagne au Luxembourg. Elle a été suivie d'un débat public sur la violence domestique.

Je recommande aussi tout particulièrement le site du distributeur français www.hautetcourt.com pour une présentation animée en quelques images (fin juin début juillet tout du moins).

En complément et pour lecture, le livre de Jacques Salomé sur le thème crucial des violences conjugales.


Si on en parlait
Trouver une issue à la violence conjugale
Editions Jouvence 2003

"Par violence, dit Jacques Salomé, j'appelle tout acte, tout comportement, toute parole ou attitude qui sera déposée contre son gré ou imposée par l'un des partenaires à son compagnon de vie et qui aura pour conséquence de le déstabiliser, de l'humilier, de le meurtrir ou de le blesser dans l'un ou l'autre des registres suivants : physique, sexuel, économique, psychologique ou moral. "
C'est donc d'une définition large de la violence conjugale que l'auteur part pour aborder avec lucidité cette violence qui s'exprime dans bien des couples par des coups d’éclats et autres algarades appelées scènes de ménage. Cette violence qui ne se dit pas, ou qui commence juste à se dire. Jacques Salomé ouvre quelques pistes sur les attitudes et les comportements à éviter pour ne pas se maintenir dans une position de victime. Il propose des repères et des orientations pour apprendre à sortir des répétitions négatives et des systèmes aveugles et sourds de la communication violente qui circule en toute impunité dans la plus stricte intimité.
Ce petit livre est un ouvrage de base paru dans une collection de vulgarisation. Il s’adresse aux personnes concernées par les faits de violence, que ce soit en tant que victimes ou en tant qu’auteurs. Il démystifie nos croyances et interroge les préjugés courants qui pèsent sur ce sujet épineux et dramatique des violences conjugales. Il revisite avec parfois humour et compassion, les attitudes et les arguments habituels qui ont tendance à entretenir les escalades ou les enchaînements violents dans la communication et les relations de couple.
Ce livre vise à déconstruire quelques uns des enjeux les plus flagrants de deux principaux types de violence que l’on peut repérer dans les couples :

• Les violences endémiques et structurées organisées en systèmes cycliques ou répétitifs qui se répondent et s’auto alimentent à partir de signaux envoyés par le violent au violenté et réciproquement. La violence est alors une forme de décharge par les mots aussi bien que par les actes, qui sont employés comme seule modalité d’interaction possible, semble-t-il, dès que survient le moindre désaccord ou sujet à débattre, dès qu’une différence trop menaçante s’introduit sous forme de friction dans la relation. Ces violences sont à comprendre comme profondément inscrites dans la culture, certes, mais aussi – c’est surtout cette dimension qui est envisagée – dans l’histoire personnelle familiale et transgénérationnelle de chacun des deux partenaires.

• Les violences dites réactionnelles qui surviennent plus ponctuellement chez des partenaires poussés à bout par le comportement usant ou le harcèlement insidieux de leur compagn(e)on d’infortune. L’auteur appelle cette forme de violence, la violence de l’impuissance.

Ce petit livre invite surtout à un travail de réflexion sur soi pour permettre aux débordements explosifs et excessifs des actes de se transformer, de se qualifier et d’entrer dans le défilé de l’élaboration qui mène au langage plus nuancé et coloré des mots, des émotions ou des sentiments exprimables.
J’ai comme l’impression que si les principes de base présentés par Jacques Salomé dans cet ouvrage - aussi simples qu’ils puissent paraître - étaient déjà assimilés par la plupart d’entre nous, une puissante lame de fond invisible ferait sensiblement chavirer notre façon d’être au monde, et modifierait de fond en comble notre présence consciente à nous-même et aux autres, que nous soyons femmes ou hommes. Nos enfants ne pourraient qu’en profiter avec bonheur.

Je prolongerai mon propos par un extrait du rapport du 17 juillet 2002 du Conseil de l’Europe sur les violences domestiques (Commission sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes) Ces informations proviennent du site de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.

Ces quelques définitions sont proposées par Mme Keltošová Slovaquie, journaliste et membre du Groupe des démocrates européens. C’est moi qui souligne ou commente en rouge par des remarques que j’ai insérées dans le texte.

J’ai choisi cette illustration de Jacques Azam dans La violence et la non-violence, Les goûters philo, Editions Milan mars 2003

1. La violence est une violation générale des droits de tout être humain : droit à la vie, à la sécurité, à la dignité et à l’intégrité physique et mentale. On la rencontre aussi bien dans le cadre de la famille (violence conjugale, mutilations sexuelles) que dans la société (viols, agressions et harcèlement sexuel, esclavage domestique, traite des femmes et prostitution forcée).

2. La violence contre les femmes résulte de rapports de force, de domination et du besoin de contrôle. Ces rapports sont issus des structures sociales qui s’appuient elles-mêmes sur les inégalités des sexes. Les actes de violence sont sans équivoque : ils recherchent à maintenir des rapports inégaux entre les hommes et les femmes et à renforcer la subordination de la femme.

3. La violence contre les femmes est endémique, dans les pays industrialisés comme dans les pays en voie de développement : les victimes et les agresseurs appartiennent à toutes les classes sociales.

4. Les démarches pour lutter contre la violence à l’égard (je dirais plutôt à l’encontre. Je serai ravie le jour où je n’entendrai plus et où je ne verrai plus cette expression. Il y a dans le terme « égard » une notion de bienveillance qui ne fait guère bon ménage avec la « violence » que nous cherchons à éradiquer. Parler de violence « à l’égard » des femmes, tout comme d’« abus sexuels à l’égard des enfants » d’ailleurs, revient à émettre un message paradoxal qui témoigne de toute la difficulté que nous avons à adopter une attitude résolument claire vis-à-vis de ces questions. La première démarche en faveur des femmes, des enfants et des victimes de violence de toutes sortes, pourrait être de parler systématiquement « de violence à l’encontre de » des femmes et contre la violence domestique au niveau international ne traitent notamment que de la violence commise par les hommes. Mais il ne faut pas ignorer l’existence de la violence perpétrée par des femmes à l’encontre d’autres membres de la famille y compris des hommes. Question : Nous serait-il plus « naturel » collectivement parlant, de faire preuve de compassion à l’égard des hommes victimes de violence de la part des femmes ? Serions-nous moins facilement portés à nous identifier aux femmes qui sont victimes de violences de la part des hommes ?

5. La violence domestique est un problème universel et l’une des violations des droits de l’homme la plus répandue dans le monde. En 1993, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard (à l’encontre) des femmes. C’est le premier instrument international des droits de l’homme qui traite exclusivement de la question de la violence à l’égard (à l’encontre) des femmes. Il affirme que la violence à l’égard (à l’encontre) des femmes constitue une violation des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales des femmes et énonce les responsabilités des gouvernements à assurer que la protection des droits et des libertés des femmes est garantie.

6. Dans la plate-forme d’action de Pékin adoptée lors de la quatrième conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes en 1995, la violence à l’égard (à l’encontre) des femmes est identifiée comme l’un des douze problèmes critiques qui constitue un obstacle majeur à la promotion de la femme. Les gouvernements sont convenus d’adopter et de mettre en œuvre une législation nationale visant à prendre des mesures juridiques et institutionnelles appropriées en faveur des femmes et à les protéger contre toutes les formes de violence dirigées contre le sexe féminin.

I. Définition

7. La violence domestique englobe toute une gamme de comportements violents (violence physique, sexuelle ou psychologique) exercés par un partenaire à l’encontre de l’autre pour le contrôler et maintenir cette emprise. Cette violence s’exerce au sein du foyer familial et les enfants et d’autres membres de la famille sont parfois également concernés.

8. Dans ce contexte, la «famille» doit être envisagée dans ses diverses formes, y compris les couples vivant ensemble sans être mariés et les partenaires homosexuels. Le rapport sur la violence domestique du Comité restreint sur les affaires familiales de 1993 utilisait la définition ci-après de la violence domestique, qui donne une interprétation élargie à la notion de famille: «toute forme d’abus physique, sexuel, affectif ou financier qui intervient dans le cadre de relations étroites. Dans la plupart des cas, les relations sont celles de partenaires (mariés, concubins ou autres) ou d’ex-partenaires».

9. La violence conjugale est considérée comme un processus au cours duquel, dans le cadre d’une relation de couple (mariage, concubinage, pacte de solidarité), un partenaire adopte à l’encontre de l’autre des comportements agressifs, violents et destructeurs. Dans l’immense majorité des cas, la violence est le fait de l’homme. Pourraient être rajoutées ici les violences que les partenaires d’un couple continuent à s’infliger bien après leur séparation ou leur divorce, par l’intermédiaire ou non des enfants.

10. La violence domestique affecte la vie des victimes dans de nombreux domaines : logement, santé, éducation et liberté de vivre sa vie sans crainte et selon ses désirs. Ce phénomène très répandu se retrouve dans tous les pays européens.

11. La violence domestique est un phénomène perpétué par les conditions sociales et les relations sociales existantes qui reflètent l’inégalité des sexes et favorisent le pouvoir des hommes. Le concept de déséquilibre caractérisant les rapports de pouvoir entre les sexes est très important pour mieux comprendre la violence domestique car les hommes sont traditionnellement plus puissants dans la société.

12. Il a été démontré que la violence au sein du foyer conjugal s’apparentait à une certaine forme de torture. En effet, les femmes sont agressées physiquement et psychologiquement et sont humiliées dans leur corps et leur âme. Comme la torture, les actes de violence conjugale s’inscrivent dans la durée.

13. Les différentes statistiques montrent qu’il existe plus de probabilité pour une femme d’être battue et violentée, voire tuée par son partenaire ou son ancien partenaire que par une autre personne. En Europe, selon les pays, de 20 à plus de 50 % de femmes sont victimes de violences conjugales. Il n’existe pas de portrait-robot type du conjoint violent. La violence conjugale concerne toutes les couches de la société et tous les âges.

14. On estime également que, pour les femmes de 15 à 44 ans, la violence familiale est la première cause de mort et d’invalidité, plus encore que le cancer, les accidents de la route voire la guerre et qu’elle entraîne des coûts aussi bien au niveau des services médicaux et de santé que de l’emploi, de la justice et de la police.

15. La violence familiale ne devrait donc pas être uniquement considérée comme une question familiale. Il s’agit d’un problème politique et public, car il porte sur la violation des droits de l’homme que les pouvoirs publics doivent traiter avec le plus grand sérieux en protégeant les victimes et en prenant des mesures pour prévenir la violence domestique.

II. Les différentes formes de violence domestique

16. La violence conjugale peut revêtir plusieurs formes. On distingue généralement la violence physique, la violence sexuelle, la violence psychologique, la violence structurelle et la violence économique.

1. La violence physique

17. La violence physique est la plus visible, car elle laisse souvent des traces. Le conjoint bat, donne des coups, gifle, étrangle, se sert d’objets, d’armes par exemple (couteaux, armes à feu et haches) pour assouvir sa violence. Ces actions peuvent conduire au meurtre et provoquent souvent de graves lésions.

18. La violence physique peut également s’exercer à l’égard (à l’encontre) des enfants du couple. En effet, le conjoint violent peut faire subir des sévices aux enfants.

2. La violence sexuelle

19.La violence physique exercée par un partenaire inclut la violence sexuelle.

- Les agressions sexuelles
20. Tout acte de nature sexuelle subi sous la contrainte est une violence. Les attouchements et autres approches devraient être considérés comme des délits si la personne n’est pas consentante.

- Le viol conjugal
21. La femme peut subir des rapports sexuels contre son gré, peut être brutalisée pendant les rapports et peut être violée par son conjoint. Malheureusement, dans beaucoup de pays, les relations sexuelles violentes au sein d’un couple ne sont pas considérées comme un viol, au sens pénal du terme. Seuls certains pays commencent à reconnaître le viol dans le couple comme un crime alors que d’autres estiment que les conjoints ont droit à un accès sexuel illimité chez leur femme.

- L’inceste
22. Le conjoint ou tout autre membre de la famille peut imposer des relations sexuelles aux enfants de la famille.

3. La violence psychologique

23. La violence psychologique au sein d’un couple est également intolérable pour la femme qui la subit. Malheureusement, c’est ce genre de violence qui est la plus occultée et, par conséquent, la plus difficile à déceler. Les attaques verbales, les humiliations, les menaces, les harcèlements répétés, l’enfermement peuvent être plus douloureux que les atteintes physiques en ce sens qu’ils perturbent gravement l’équilibre psychologique. La femme perd toute confiance en elle et, par la suite, a du mal à se prendre en charge.

4. La violence structurelle

24. La violence structurelle est souvent sous-estimée, car moins évidente et moins directe que la violence physique. On considère comme violence structurelle toute situation où la femme est dévalorisée du fait qu’elle est une femme, notamment lorsqu’elle est privée de ses droits les plus fondamentaux comme par exemple la liberté d’exercer une profession, d’avoir un compte en banque, etc. Ces inégalités entraînent et favorisent la violence des hommes envers la femme.

5. La violence économique

25. Une violence de nature économique peut également s’exercer, entraînant pour la femme une privation des moyens ou de biens essentiels, un contrôle ou une spoliation.

Pour ne pas achever ce vaste chapitre, je reprendrai tout simplement, le mot de la fin de Jacques Salomé en conclusion de son ouvrage.
« Ce qu’il y a de formidable dans les relations humaines c’est qu’on peut toujours les faire évoluer.[…]
Il n’y a rien de plus merveilleux et de plus soutenant qu’une relation intime avec quelqu’un de proche et de suffisamment fiable pour qu’il nous permette de nous abandonner en toute confiance, ce qui nous incite à lui offrir le meilleur de nous-mêmes et à rencontrer le meilleur de lui. »

Post Scriptum : Pour celles ou ceux qui font des projets de recherche à long terme :
« Le fait que ces violences se pratiquent au domicile de la victime a toujours été un prétexte pour que les autorités s’en lavent les mains et les qualifient de « problèmes relevant de la sphère privée ». Une telle attitude constitue un refus collectif d’assistance à personnes en danger. Une scandaleuse hypocrisie. Chacun sait que le privé aussi est politique. Et que ce type de violence est le reflet des relations de pouvoir historiquement inégales entre hommes et femmes. Dues en particulier au patriarcat, système fondé sur l’idée d’une « infériorité naturelle » des femmes et une « suprématie biologique » des hommes. C’est ce système qui engendre les violences. Et qu’il faut liquider par des lois appropriées. Certains objectent que cela prendra du temps. Alors pourquoi ne pas commencer tout de suite par instituer, comme des organisations féministes le réclament, un tribunal international permanent sur les violences faites aux femmes ? » (Ignacio Ramonet « Violences mâles » article paru dans Le monde diplomatique de juillet 2004)

Je fais partie de celles et de ceux qui pensent que ce travail prendra effectivement du temps. Mais je crois aussi que toute action, y compris symbolique peut avoir son impact. J’ai rêvé d’un Centre de Recherche Antiviolence. Mon rêve s’est déjà un peu concrétisé en voyant cette illustration de Jacques Azam dans La violence et la non-violence, Les goûters philo, Editions Milan mars 2003


Je pose ici la première pierre symbolique de ce Centre de Recherche virtuel pour qu’un jour nos enfants n’aient plus besoin de se boucher les oreilles, de détourner leur regard, ou de se retirer dans leur forteresse vide. Pour qu’ils n’entendent plus, ni Bing, ni Plaf, ni Splach, ni Bling.
Je propose tout d’abord d’apprendre à dire systématiquement « violences à l’encontre de… » - en français tout au moins - (je ne sais pas ce qu’il en est dans les autres langues).
Et puis, pour reprendre la formule de Julos Beaucarne, chanteur belge et ami de Jacques Salomé, je propose aussi, « en vertu des pouvoirs qui ne me sont pas conférés, de déclarer le travail de Jacques Salomé - regroupé sous le nom de méthode E.S.P.E.R.E - œuvre d’utilité publique », et, pourquoi pas ? – c’est moi qui rajoute – patrimoine immatériel de l’humanité en faveur d’une écologie relationnelle essentielle. Je rappelle juste au passage que E.S.P.E.R.E est un sigle qui signifie Energie spécifique pour une écologie relationnelle essentielle – ou - à l’école.

Pour finir, encore un peu d’humour. Des références pour les petits ou pour leurs parents ou pour les adultes qui font métier de s’occuper d’enfants.

Toujours des raisons… jamais les bonnes.

" Il pleut, tout est mouillé, la pluie est cause de « tout est mouillé. On voit le rapport.
Luc percute à toute vitesse une porte et se casse le nez. Le choc sur la porte est cause du nez cassé, on voit très bien le rapport.
Mais quand on dit « perte de travail + trop de vin + mauvaise note en math » est cause de « la gifle à mon fils », on sent qu’il y a un problème : on voit bien qu’il n’y a aucun rapport !

Si on disait « perte de travail » est cause de « pas d’argent », « trop de vin » est cause de « difficile de marcher droit », là on verrait le rapport.

Quand on dit que Charles a cassé le nez de son copain parce qu’il a pris une gifle de son père, de nouveau, sérieux problème. On voit bien qu’il n’y a aucun rapport, aucune logique, aucun sens.

Si on disait « gifle du père » est cause de « Charles a mal à la joue, là on verrait le rapport.
Les raisons de la violence ne sont jamais bonnes, elles ne sont jamais logiques, il n’y a aucune vraie raison à la violence. On a l’impression qu’il y en a, mais les raisons que l’on donne sont des excuses, des prétextes qui servent à faire croire que la violence a le droit d’exister.
Penser que la violence a des raisons, c’est penser que la violence a le droit d’exister, c’est croire que la violence est un langage, un moyen de communiquer".


Attentifs, intelligents, courageux…

Eviter les conflits, cela ne veut pas dire que le monde doit être peuplé de mous, de lâches, de gens qui s’écrasent ou partent en courant dès qu’il y a un désaccord.

Au contraire.

Cela veut dire un monde peuplé de gens préoccupés de ce qui se passe autour d’eux, de gens présents, attentifs, vigilants, pour détecter les endroits où les conflits sont en train de naître. Des gens capables d’utiliser leur intelligence, leur énergie, leur volonté, leur courage, leur persévérance pour résoudre les problèmes avant qu’ils ne se transforment en conflits. »’

Extrait de La violence et la non-violence, Les goûters philo, Editions Milan mars 2003. Les livres de la collection Goûters Philo permettent aux enfants qui ont faim d’idées, de pouvoir réfléchir dès l’âge de 8 ans et d’approfondir les questions importantes qu’ils se posent dans différents domaines de la vie, tels que La violence et la non-violence comme je viens de dire, mais aussi La guerre et la paix, La justice et l’injustice, La fierté et la honte etc. Cette série de livres clairs, directs et drôles sont écrits par Brigitte Labbé – qui a travaillé dans la communication et se consacre aujourd’hui à la communication – et Michel Puech qui enseigne la philosophie à la Sorbonne.